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Mars 2014 :: Oiva Toikka

 

What’s in a bird1 ? “Glass of course !”

(“Qu’y a t-il dans un oiseau ? « Du verre bien sûr ! »)

 

C’est en ces termes qu’aurait pu s’exprimer le verrier et designer finlandais Oiva Toikka. L’artiste éclot en 1931 et dès 1953 s’inscrit à l'École supérieure des arts et du design d’Helsinki2. Il n’existait pas encore de section consacrée à l’art verrier, il choisit donc d’apprendre à façonner la céramique. Après avoir terminé ses études, il est engagé dans la fabrique de porcelaines Arabia d’Helsinki. Ensuite, il part avec sa famille en Laponie pour y enseigner. En 1963, il revient plus au Sud de la Finlande et s’installe à Nuutajärvi, où il est engagé comme designer et souffleur de verre. Dans ce village qu’il ne quittera plus, le métier de verrier est pratiqué depuis plus de 200 ans à la verrerie Nuutajärvi Glass Factory.

 

Succédant à une autre grande figure de l’art verrier finlandais Kaj Franck (1911-1989), il devient directeur artistique de la manufacture. Oiva Toikka s’est brillamment illustré durant plusieurs décennies en insufflant à ses créations des formes et des couleurs à contre-courant de l’esthétique du design scandinave. Plutôt que de se fier à des dessins trop techniques, l’artiste préfère se laisser guider par la mise en forme des objets lors du soufflage et du façonnage du verre à chaud.

 

C’est dans son propre atelier qu’il débute en 1972 sa fameuse collection d’oiseaux rares qui compte environ 500 espèces. Aucun moule n’est utilisé, chaque volatile est soufflé à l’air libre et fait-main en édition limitée. De cette façon, même si un type d’oiseau est reproduit à plusieurs exemplaires, chacun d’entre eux reste unique. La signature « o. toikka nuutajärvi » est gravée à la pointe sèche sous chaque spécimen où l’on retrouve le sigle de la célèbre firme finlandaise IItala.

 

Dans sa volière cristalline, l’artiste ne se limite pas à une simple reproduction de chaque oiseau. S’il conserve l’allure formelle de l’espèce, il n’a de cesse d’y apporter sa patte créative dont l’empreinte réside dans la conception stylisée et dans la mise au point de techniques décoratives les plus variées. Ainsi le kiwi, l’oiseau coureur de nouvelle Zélande au plumage brunâtre plutôt disgracieux est porté aux nues –lui qui est dénué d’ailes - dans un artifice de couleurs vives et éblouissantes. Le kiwi paré de bijoux ( The « Jewelled Kiwi ») créé en 2001, en verre incolore soufflé, est doublé d’une couche de verre blanc de lait et jaune vif dans la partie inférieure. Les grands aplats de couleurs forment un décor à larges taches incrustées dans la masse se superposant ou affleurant à la surface. Ces effets sont obtenus par l’ajout d’oxydes métalliques colorés à différentes étapes successives de la mise en forme du corps de l’oiseau. La tête est creuse, le bec et la base sont appliquées à chaud. La tige cylindrique - servant de support et stylisant les pattes - est creuse et communique avec le corps de l’oiseau. La pie bleue (The « Blue magpie ») d’un bleu grisâtre et à la tête noire à l’état naturel, créée en 2000 est elle aussi une nouvelle interprétation haute en couleurs de l’espèce. Le corps d’un bleu limpide est doublé de verre blanc aux stries en forme de plumes pour représenter la tête qui est pourvue d’un bec blanc recouvert d’orange moucheté.

Très prisés par les collectionneurs, les volatiles apportèrent à l’artisan finlandais une notoriété et un statut d’artiste d’envergure internationale. Malgré son grand âge, chaque année, il crée toujours de nouveaux modèles.

 

Jean-Paul Philippart
Conservateur du département du Verre

 

1 Pour l’anecdote, What’s in a bird est le titre d’une chanson d’Alain Bashung, écrite en 1983. On peut y trouver la phrase « Et pourquoi les kiwis m’empêcheraient-ils d’être serin ? ».

2 Le nom actuel est l’École supérieure Aalto d’art, du design et d’architecture.

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